.Articlε 167Vendredi 2o Novembre..

.Articlε 167Vendredi 2o Novembre..
" Zoé, tu n'aimes pas les gens. "

C'est une phrase que le moniteur de mon auto-école, qui me voit piler dès que j'aperçois un autre véhicule, un piéton, un chat, un oiseau ou encore un buisson. Ce qu'il ne sait pas, c'est qu'aujourd'hui, cette phrase s'est révélée particulièrement vraie. J'ai passé ce qu'on appelle couramment, une putain de journée de merde.
Ça a commencé par la radio, ce matin, qui était incapable de proposer autre chose que des imbéciles qui parlent de foot. Hier soir, le Président de l'Europe a été élu, et tout le monde s'en branle, parce qu'un demeuré a tapé dans une baballe avec sa main, au lieu d'utiliser son pieds. Alors quand la prof de géo a commencé à parler de foot, je l'ai supplié d'arrêter. Supplication qui m'a vallut un sourire amical de la part de la prof, et une réplique acerbe d'un élève, quelque chose du genre "Oh, c'est bon, c'est pas parce que tu as décidé un truc qu'on doit le faire !" Ouf.. Zoé... calme.. on respire... Ça a suffit à me faire prendre une grande décision qui pourrait s'appeler "Je t'encule, et je reste calme". Je suis, aux yeux de beaucoup d'élèves de ma classe, une bonne poire qui accepte beaucoup de choses sans rien dire, et sur laquelle on peut bien rire, puisqu'elle ne se rend compte de rien, cette imbécile. Or, je remarque bien tout, la seule nuance : je le prends avec philosophie ou avec le sourire. L'époque où votre servante rentrait dans le lard de tous les cons est bien révolue. Alors pour trouver un compromis acceptable entre les embrouilles avec tout le monde et le laisse aller qui a le don de m'horripiler, j'ai décidé d'abandonner simplement les fouteurs de merde. Oui, je suis déléguée. Mais à partir d'aujourd'hui, je serai la déléguée des élèves, et simplement eux, qui montrent une once de respect. Les autres? Les emmerdeurs, rieurs, provocateurs? Ils se débrouilleront. Pour ma part, ils n'existent plus. Il me reste quelques mois de lycée, je ne vais pas me ronger la vie pour des sans-intérêts.

Bref, le reste de la journée s'est déroulé dans la même optique, mauvaise humeur et boule d'angoisse au ventre, jusqu'au bac, enfin. Je ne te parlerai pas de ma prestation en gymnastique, par correction.

# Posté le vendredi 20 novembre 2009 13:06

.Articlε 166Lundi 16 Novembre..

.Articlε 166Lundi 16 Novembre..
Socrate est une grenouille.

Microbes du soir, bonsoir. Me voilà enfin à la mode, il le fallait bien. Question de style, j'ai la grippe A. Cloîtrée dans ma chambre pendant une semaine, pas le droit de sortir de me chambre sauf pour aller aux toilettes, puisque mon père est considéré comme une de ces personnes qui risquent de claquer si ils ont la grippe. En gros, soit je reste au lit, soit je sors, je contamine mon père et je le tue. Ma mère est devenue folle depuis qu'elle sait ça. Je mange, exclusivement de la soupe et exclusivement dans ma chambre. Je dois désinfecter le téléphone quand je l'utilise. Je dois boire 2 litres deux par jour, et noter ma température toutes les 4 heures. J'ai l'impression de n'être qu'un virus ambulant. Je ne supporte plus mon masque, mercredi, date de mon officielle libération, je me ferai un plaisir de le brûler.

Sinon, comme le mot parasite va aussi bien aux virus qu'aux personnes, les quolibets vont aussi rapidement que la pandémie. Je suis "la sale traîtresse qui a loupé l'oral d'anglais". Ils ont raison, j'aurais du venir, leur cracher mes microbes à la gueule, et repartir. Mwaha! Je me sens soudain toute puissante, j'ai ma réserve personnelle de mini-bombes bactériologiques. A moi seule, je pourrais contaminer ma classe, mon lycée, Paris !! En parlant de ma classe.. Il parait qu'ils sont tous malades, mais qu'aucun n'a la grippe. J'ai donc échoué. Je ne sais pas où est-ce que j'ai pu chopper cette putain de grippe. Je trouverai l'infâme contamination, et le brûlerai en place publique.

Mais changeons de sujet. Il s'est passé plein de choses.. oserais-je te raconter? Je suis allé au cinéma. Jusque-là, rien d'extraordinaire. J'ai vu "le Concert". Je ne connaissais absolument rien à la musique classique, et Tchaikovsky pouvait bien être un purée de pois ukrainienne. Mais ce film.. et cette musique... c'était ... Comment le décrire sans basculer dans un lyrisme ridicule? On ne peut pas. Il faut l'avoir écouté. Il faut l'avoir vécu. J'ai pleuré, forcément j'ai pleuré. Je pleure à longueur de journées. Je peux te le dire, à toi, lecteur. Je pleure dès qu'il se passe un truc un peu fort, je pleure en cours, discrètement, je pleure quand je lis, je pleure quand je surprends dans un couloir que quelqu'un dit une méchanceté sur moi, je pleure tout le temps. Une fontaine. Une chochotte. Tout du moins, c'est ce que je pensais avant, mais.. Aujourd'hui je me rends compte que c'est pas si stupide que ça, et puis ça me fait du bien, et la plupart du temps personne ne s'en rend aperçoit. C'est dingue à quel point les gens pensent que pleurer en écoutant de la musique c'est être un bébé. En janvier, je vais à l'opéra. Voir Casse-Noisette, d'ailleurs. Ça va être drôle.

Je suis fatiguée.. je suis lessivée.. les cours, les gens, les parents, les microbes ont eu raison de moi. Je baisse les bras et vais me coucher.

# Posté le lundi 16 novembre 2009 09:42

.Articlε 165 Dimanche 25 Octobre..

.Articlε 165 Dimanche 25 Octobre..
"Il faut rater, s'y remettre, et rater mieux" Beckett
Les gens sont méchants. Ils sont méchants, mais jamais sans raison.

Tout d'abord, les gens détestent tout ce qui est anormal, ce qui sort de l'ordinaire, qui ne suit pas la voie habituelle, et qui est sans raison logique. Enfin, soyons honnêtes, l'homophobie, le mépris qu'on a envers ceux qui s'habillent différemment, ou encore le fait qu'on toise quelqu'un qui sourit sans raison apparente ne sont pas pure coïncidence. Si ces choses existent, c'est parce qu'on les fait vivre. Les préjugés, et les jugements plus généralement relèvent du réflexe, et plus ça va, plus je pense que malgré un esprit ouvert, malgré une bonne éducation et une profonde gentillesse, notre premier geste tend vers la méchanceté. Si un inconnu m'aborde sans raison apparente, mon premier réflexe est l'agressivité "Mais qu'est-ce qu'il me veut celui-là?", ou encore la méfiance "Ca s'trouve c'est un violeur en série, restons à l'écart.". Je pense donc qu'il faut un vrai travail sur soi pour oublier tous ces réflexes qui sont, objectivement, ridicules. Mais en ce qui concerne le jugement, est-ce qu'on peut vraiment s'en débarrasser? Le matin, je vois arriver quelqu'un, quelqu'un de proche que j'aime, je ne peux m'empêcher de le regarder de la tête aux pieds et une petite voix dans ma tête fait des réflexions telles que "Il faudrait qu'il pense à se raser" ou "Un jour je devrais lui dire qu'elle devrait penser à se coiffer le matin". Pourtant, cette personne, je l'aime, alors pourquoi est-ce que je me fais des réflexions de cet ordre? Je n'ai toujours pas trouvé la réponse. Peut-être que tout simplement, ça relève de la méchanceté gratuite qui me fait me sentir mieux, supérieure.
Ma prof de philo m'a expliqué que Sartre pensait que le regard de l'Autre l'emprisonnait et que c'était insupportable. Je suis d'accord avec lui. Je me connais, je sais intérieurement, je me dis des choses horribles sur tout le monde, et je suppose que ce tout le monde fait de même. C'est ignoble, de s'imaginer que tout le monde autour de toi se dit que tu es mal habillée, ou que tu es une idiote. Je sais aussi que je range les gens dans des cases, où ils sont bien au chaud, et que ça me fait mal aux fesses de les y déloger. Et c'est là où c'est terrible. C'est que les autres aussi, ils te rangent dans une boîte, et que quoi que tu fasses, même si tu changes du tout au tout, ils te laisseront dedans. Je sais qu'au lycée, la plupart des gens "populaires" ne m'adressent même plus la parole, parce que je suis dans la boîte des "gens sans intérêt". J'aurais beau être sympa, rigolote, charmante, cultivée, quoique que je fasse, pour eux je resterai sans intérêt. Je sais tout ça. Je sais que ce jugement est terrible, pourtant, je continue de l'appliquer. Pourquoi? Pourquoi est-ce que je continue de faire du mal en en étant consciente? Pourquoi sommes-nous si inquisiteurs?
Là-dessus, je n'ai trouvé aucune réponse, si ce n'est la réponse biologique. Il y a des millions d'années, nos grands-parents étaient des singes, et ils ont adopté ce genre de réflexes, parce que pour eux, être anormale, ça signifiait s'écarter du groupe, et donc risquer sa vie et la survie de son espèce. Et aujourd'hui, on a gardé ses réflexes. Ils sont si profondément ancrés, que c'est à se demander si ils ne sont pas vraiment inscrits dans notre ADN.

Mais il existe tout autre type de méchanceté, comme par exemple la méchanceté que j'appelle "de la réussite". On la connait tous. C'est quand, tout à coup, on réussit dans un domaine : on a une super note dans telle matière, on se déniche un petit copain, ou on a un nouveau pull extraordinaire, et alors, là se passe une réaction quasi-magique : on devient méchants. Mais véritablement méprisants et supérieurs, parc qu'on estime que notre nouveau statut nous rend plus importants, mais pour en être bien certains, on montre au reste de la planète qu'on PLUS heureux qu'eux. Pourquoi pensez-vous qu'il existe des gens qui se sentent obligés de publier des statuts Facebook comme "Oh mon coeur! 4 mois de bonheur avec toi! Et cette soirée avec toi, magiiique!" ? Moi je pense, que ça ne peut pas être pour la personne en question, mais qu'il s'agit juste d'une démonstration puérile d'importance. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les personnes qui sont dans ses "phases" changent radicalement de comportement, et chacune de leurs phrases a pour seul et unique but celui de vous humilier.

Enfin je dirais que la dernière forme de méchanceté, et sûrement la plus horrible à dénoncer, puisque la plus courante : la méchanceté gratuite. C'est cette petite voix dans votre tête qui vous force à faire du mal, dans le seul et unique but de vous sentir mieux. Critiquer les nouvelles bottes de la boulangère, engueuler votre télé parce qu'elle n'est capable de vous montrer que des idiotes décolorées qui confondent Roland Barthes et Fabien Barthez ou encore glisser une petite phrase qui ne paye pas de mine, mais qui au fond lance une bombe dans la tête de votre interlocuteur comme par exemple "Non, mais je sais que tu penses que ton petit copain est super distant, mais je t'assure, je connaissais bien son ex, et il était parfait avec elle, ça va s'arranger..." C'est la forme de méchanceté qu'on renie le plus, mais elle fait tellement de bien, qu'on se demande si on peut vraiment s'en passer.

Pour conclure le tout, je pense que toute forme de méchanceté n'est pas à rester. En effet, il faut se débarrasser des terribles réflexes, et essayer d'évoluer pour abolir toute forme de méchanceté de la réussite, mais la méchanceté gratuite, quand c'est juste une toute petite voix dans la tête, ça ne va tuer personne, non..?

# Posté le dimanche 25 octobre 2009 14:50

Modifié le dimanche 25 octobre 2009 16:49

.Articlε 164 Lundi 12 Octobre..

.Articlε 164 Lundi 12 Octobre..
Lecteur, ramène-moi là-bas, je t'en prie...
Tu sais, je crois que parfois, je suis un peu malheureuse.


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Il y a quelqu'un, très loin qui me parle de New-York.
Je crois qu'il s'agit d'une femme.
Elle me prend la main et me parle de Starbucks, des ballades entre amies, des journées shopping.
C'est marrant comme j'ai l'impression de connaître cette voix.
C'est pas possible, je suis déjà passé par là...
Incroyable comme je suis bien, mon visage est fendu d'un immense sourire.



"C'est terminé, Madame?"
"Non, Zoé, il faut que tu te rendormes, on ne t'a pas encore opérée"




Et puis tout est devenu tout noir. Et ce bruit, tout ce bruit... Pourquoi veulent-ils absolument que je me réveille? J'entends des enfants qui crient, des machines de tous les côtés qui hurlent des bips immondes. Je pleure. Il y a mon père, qui est tout prêt, et qui me dit que je ne dois plus pleurer, que c'est terminé.



"Rendormez-moi..."
"Quoi? Mais non, enfin, Zoé, c'est terminé je te dis!"
"Laissez, Monsieur, c'est les médicaments..."




Il y a la douleur aussi. C'est plus fort que moi, je pleure encore. Je ne veux pas me réveiller! Ramenez-moi là-bas, j'étais tellement mieux. Tu crois que ça ressemble à ça, le paradis? Je suis pas droguée, je suis lucide, je sais ce que je dis, je veux me rendormir! Ramenez-moi!


Enfin, il a fallut se ressaisir. Apparemment, ils ne veulent pas me rendormir. Je me lève, je marche. Un instant, et je suis par terre. Il y a du sang. Du sang noir, partout autour de moi. Qu'est-ce qu'il se passe à la fin?



"Zoé, Zoé écoute il faut que tu restes calme, l'anesthésie s'est pas bien passée, ton corps a mal réagit et tu dois te calmer. Tu as bu trop de sang, il va falloir qu'on te vide l'estomac... Zoé, tu m'entends? Zoé ! Si tu m'entends tu n'as qu'à serrer ma main."



Elle hurle maintenant. Laissez-moi tranquille à la fin! Je lui sers là main, puisqu'elle le veut.


Après, il y a eu les tuyaux. Des tuyaux énormes, qu'ils t'enfoncent dans la gorge pour que tout le sang qui est dans ton estomac finisse sur ton lit. C'est moins cool que je ne pensais, être un vampire. Les tuyaux s'en iront que le lendemain matin.

Parait qu'il n'y a pas assez de place dans mon service, et qu'ils vont devoir m'amener en soins intensifs. C'est un service plutôt sympathique, avec des machines de partout et des enfants mourants.

Après, j'ai beaucoup dormi. Mais pas comme pendant l'anesthésie, non, là c'était du sommeil bien humain. Bien bruyant. Bien agité. Détestable, en somme.

Ils m'ont ramené chez moi. Ils veulent pas me dire combien de temps je suis restée à l'hôpital.

J'ai passé le reste de la semaine dans un lit, avec des poches de glace sur les joues en regardant Télé-Achat.

Dites, vous êtes certains, vous voulez pas me rendormir? Juste un peu, quelque temps, une heure même. S'il vous plaît, vous voulez pas? Ah bon. Bah je reste éveillée alors.

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# Posté le lundi 12 octobre 2009 15:42

.Articlε 163 Dimanche o4 Octobre..

.Articlε 163 Dimanche o4 Octobre..
J'ai décidée de ne plus accepter dans mes "amis" les blogs qui ressemblaient trop au mien.
Il y a des choses qui changent une vie. Des choses qui remettent tout en cause, qui donnent à vos soucis d'adolescent beaucoup moins d'importance. Des choses qui vous attrapent, comme ça, au beau milieu d'un hôpital. En plus, cet hôpital, vous y étiez aller juste pour une petite opération de routine, trois fois rien, quelques dents de sagesse en moins. Oui, il y a des choses qui vous tombent dessus comme ça. Des choses comme un cancer.

Alors, oui, le cancer donne aux petites choses de la vie une importance qu'on ne peut même pas supposer. Sortir, lire, manger ce qu'on veut, voyager, papoter avec des amis. Mais quand le cancer tombe sur vous, votre entourage, sur tout ce foutu hôpital, toutes ces petites choses vous paraissent bien lointaines.

Ma mère s'est approchée, elle avait l'air bizarre. Et puis elle a dit, comme si elle y croyait pas elle même "Tumeur à l'utérus qui s'est étendue aux poumons". BOUM.

Des choses qui vous font regretter de vous être préoccupé pendant plus d'une semaine parce que tel ou tel mec vous a pas sourit.

Des choses qui vous font vous rendre compte que vous êtes trop grande pour croire votre mère quand elle vous dit que tout ira bien.

Aujourd'hui, lecteur, j'ai grandi. Je grandis, pendant que ma tante meurt. Parait que ça s'appelle la vie.

# Posté le dimanche 04 octobre 2009 12:55