Tout d'abord, les gens détestent tout ce qui est anormal, ce qui sort de l'ordinaire, qui ne suit pas la voie habituelle, et qui est sans raison logique. Enfin, soyons honnêtes, l'homophobie, le mépris qu'on a envers ceux qui s'habillent différemment, ou encore le fait qu'on toise quelqu'un qui sourit sans raison apparente ne sont pas pure coïncidence. Si ces choses existent, c'est parce qu'on les fait vivre. Les préjugés, et les jugements plus généralement relèvent du réflexe, et plus ça va, plus je pense que malgré un esprit ouvert, malgré une bonne éducation et une profonde gentillesse, notre premier geste tend vers la méchanceté. Si un inconnu m'aborde sans raison apparente, mon premier réflexe est l'agressivité "Mais qu'est-ce qu'il me veut celui-là?", ou encore la méfiance "Ca s'trouve c'est un violeur en série, restons à l'écart.". Je pense donc qu'il faut un vrai travail sur soi pour oublier tous ces réflexes qui sont, objectivement, ridicules. Mais en ce qui concerne le jugement, est-ce qu'on peut vraiment s'en débarrasser? Le matin, je vois arriver quelqu'un, quelqu'un de proche que j'aime, je ne peux m'empêcher de le regarder de la tête aux pieds et une petite voix dans ma tête fait des réflexions telles que "Il faudrait qu'il pense à se raser" ou "Un jour je devrais lui dire qu'elle devrait penser à se coiffer le matin". Pourtant, cette personne, je l'aime, alors pourquoi est-ce que je me fais des réflexions de cet ordre? Je n'ai toujours pas trouvé la réponse. Peut-être que tout simplement, ça relève de la méchanceté gratuite qui me fait me sentir mieux, supérieure.
Ma prof de philo m'a expliqué que Sartre pensait que le regard de l'Autre l'emprisonnait et que c'était insupportable. Je suis d'accord avec lui. Je me connais, je sais intérieurement, je me dis des choses horribles sur tout le monde, et je suppose que ce tout le monde fait de même. C'est ignoble, de s'imaginer que tout le monde autour de toi se dit que tu es mal habillée, ou que tu es une idiote. Je sais aussi que je range les gens dans des cases, où ils sont bien au chaud, et que ça me fait mal aux fesses de les y déloger. Et c'est là où c'est terrible. C'est que les autres aussi, ils te rangent dans une boîte, et que quoi que tu fasses, même si tu changes du tout au tout, ils te laisseront dedans. Je sais qu'au lycée, la plupart des gens "populaires" ne m'adressent même plus la parole, parce que je suis dans la boîte des "gens sans intérêt". J'aurais beau être sympa, rigolote, charmante, cultivée, quoique que je fasse, pour eux je resterai sans intérêt. Je sais tout ça. Je sais que ce jugement est terrible, pourtant, je continue de l'appliquer. Pourquoi? Pourquoi est-ce que je continue de faire du mal en en étant consciente? Pourquoi sommes-nous si inquisiteurs?
Là-dessus, je n'ai trouvé aucune réponse, si ce n'est la réponse biologique. Il y a des millions d'années, nos grands-parents étaient des singes, et ils ont adopté ce genre de réflexes, parce que pour eux, être anormale, ça signifiait s'écarter du groupe, et donc risquer sa vie et la survie de son espèce. Et aujourd'hui, on a gardé ses réflexes. Ils sont si profondément ancrés, que c'est à se demander si ils ne sont pas vraiment inscrits dans notre ADN.
Mais il existe tout autre type de méchanceté, comme par exemple la méchanceté que j'appelle "de la réussite". On la connait tous. C'est quand, tout à coup, on réussit dans un domaine : on a une super note dans telle matière, on se déniche un petit copain, ou on a un nouveau pull extraordinaire, et alors, là se passe une réaction quasi-magique : on devient méchants. Mais véritablement méprisants et supérieurs, parc qu'on estime que notre nouveau statut nous rend plus importants, mais pour en être bien certains, on montre au reste de la planète qu'on PLUS heureux qu'eux. Pourquoi pensez-vous qu'il existe des gens qui se sentent obligés de publier des statuts Facebook comme "Oh mon coeur! 4 mois de bonheur avec toi! Et cette soirée avec toi, magiiique!" ? Moi je pense, que ça ne peut pas être pour la personne en question, mais qu'il s'agit juste d'une démonstration puérile d'importance. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais les personnes qui sont dans ses "phases" changent radicalement de comportement, et chacune de leurs phrases a pour seul et unique but celui de vous humilier.
Enfin je dirais que la dernière forme de méchanceté, et sûrement la plus horrible à dénoncer, puisque la plus courante : la méchanceté gratuite. C'est cette petite voix dans votre tête qui vous force à faire du mal, dans le seul et unique but de vous sentir mieux. Critiquer les nouvelles bottes de la boulangère, engueuler votre télé parce qu'elle n'est capable de vous montrer que des idiotes décolorées qui confondent Roland Barthes et Fabien Barthez ou encore glisser une petite phrase qui ne paye pas de mine, mais qui au fond lance une bombe dans la tête de votre interlocuteur comme par exemple "Non, mais je sais que tu penses que ton petit copain est super distant, mais je t'assure, je connaissais bien son ex, et il était parfait avec elle, ça va s'arranger..." C'est la forme de méchanceté qu'on renie le plus, mais elle fait tellement de bien, qu'on se demande si on peut vraiment s'en passer.
Pour conclure le tout, je pense que toute forme de méchanceté n'est pas à rester. En effet, il faut se débarrasser des terribles réflexes, et essayer d'évoluer pour abolir toute forme de méchanceté de la réussite, mais la méchanceté gratuite, quand c'est juste une toute petite voix dans la tête, ça ne va tuer personne, non..?




